Thomas B. Reverdy

Thomas Reverdy © David Ignaszewski / Koboy /Flammarion

© David Ignaszewski
Koboy /Flammarion

Thomas B. Reverdy a publié plu­sieurs romans, dont L’Envers du décor (Seuil, 2010), his­toire d’un meurtre sur le chan­tier du Ground Zero à New-York, han­tée par le vide et l’absence. C’est un Japon tabou qu’explore Les Éva­po­rés, un roman japo­nais (Flammarion, 2013), à la fois his­toire d’amour, intrigue poli­cière et réflexion sur nos vies « hors de contrôle ». Richard B., détec­tive privé un peu poète, s’envole pour Tokyo avec son ex-petite amie Yukiko. A la recherche de Kaze, le père de celle-ci mys­té­rieu­se­ment dis­paru, ils plongent dans un Japon du crime et de la misère, mar­qué par le désastre de Fukushima. Une enquête en tous points sen­sible, dans un monde où cha­cun cherche à se réinventer.

Extrait de Les Éva­po­rés, un roman japo­nais :
(…) Son père avait dis­paru.
« Comment ça, dis­paru ?
– Parti, envolé, plus de nou­velles. Oh, Richard, s’il te plait.
– Bien sûr, je suis là. Je vais t’aider. »
On ne devrait jamais rendre ser­vice à une ex-petite amie. Richard ne connais­sait même pas ses parents. Le bon­homme avait dis­paru depuis plu­sieurs jours et per­sonne ne savait où. La police ne fai­sait rien. Sa mère pen­sait à un enlè­ve­ment, un conflit avec un concur­rent, un pro­blème avec les yaku­zas.
« Comment ça, les yaku­zas ?
– Richard, tu sais bien. Mes parents vivent encore au Japon.
– Attends une minute. Comment ça, au Japon ?
– Richard ! Tu ne vas pas répé­ter tout ce que je dis.  Oh, Richard !  Oh, Richard !
– D’accord. Au Japon. Arrête de crier dans le télé­phone, s’il te plaît. »
Il avait eu le temps d’allumer la lumière. De se frot­ter éner­gi­que­ment les yeux. De là où il était, il pou­vait voir toute sa chambre  même sans ses lunettes, le bazar invrai­sem­blable qui régnait là-dedans et, sur la petite table qui lui ser­vait de bureau, les piles de fac­tures qui s’étaient accu­mu­lées ces der­niers temps. (…) Ce n’était pas une rai­son suf­fi­sante pour se mettre à faire n’importe quoi, mais Yukiko conti­nuait de crier dans le télé­phone avec une voix gré­sillante où l’on per­ce­vait sur­tout des voyelles. Il ne savait même pas quelle heure il était : le réveil s’était cassé la gueule avec le verre et la bou­teille de whisky vides qui trô­naient d’ordinaire sur sa table de nuit. Il ouvrit la fenêtre en conti­nuant à par­ler, de loin, dans le com­biné posé à terre. Ça sen­tait déjà le vieux gar­çon et un peu le tabac froid. Après tout. Sa vie par­tait à vau-l’eau depuis qu’elle n’était plus là.
Je me demande com­ment font les gens pour vivre comme moi, se dit-il.
« Est-ce que ça va, toi ? Tu tiens le coup ? »
Il lui avait posé la ques­tion sans y pen­ser, pour dire quelque chose. Bien sûr que non ça n’allait pas, mais cette phrase banale il l’avait pro­non­cée sur un ton de nou­veau fami­lier, intime, un ton de tous les jours quand ils pas­saient leurs jours ensemble. Cela lui fit un bien fou, à lui, de le dire ainsi, et peut-être qu’elle se calma un peu. (…)
Il écou­tait. Collait son oreille à sa res­pi­ra­tion.
Pour rien au monde il n’aurait brisé ce silence qui s’était glissé entre eux dans la nuit, comme un rêve.
Lorsqu’elle se remit à par­ler, Yukiko le remer­cia comme elle le fai­sait de temps en temps, en se pen­chant plu­sieurs fois, pliée en deux, très droite, ça pou­vait presque s’entendre au télé­phone. Elle avait déjà pris leurs billets.
Les Éva­po­rés, un roman japo­nais, p. 29–30

RENCONTRES
Vendredi 11 avril – 14 h 30
Bibliothèque Centre-Ville
Vendredi 11 avril – 18 h 30
Bibliothèque Abbaye-les-bains
Samedi 12 avril – 9 h
Bib. François-Mitterrand (Gières)
Samedi 12 avril – 16 h
Petit Angle
Dimanche 13 avril – 14 h 30
Bibliothèque Centre-Ville
SIGNATURE
Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
Les Éva­po­rés, un roman japo­nais
Flammarion, 2013
L’Envers du monde
Seuil, 2010
Les Derniers feux
Seuil, 200
(Prix Valéry Larbaud)
Le Ciel pour mémoire
Seuil, 2005
La Montée des eaux
Seuil, 2003

One comment on “Thomas B. Reverdy

  1. Gael LM

    Un roman intri­guant, Thomas Reverdy nous emmène avec brio dans les cou­lisses du Japon contem­po­rain. Une des­crip­tion impla­cable qui mène au ques­tion­ne­ment intel­li­gent des moti­va­tions de la fuite.

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