Nathalie Papin

Nathalie Papin © Laurence Garcette

© Laurence Garcette

D’abord comé­dienne et met­teur en scène, Nathalie Papin évo­lue ensuite vers l’écriture dra­ma­tique. Depuis sa pre­mière pièce pour la jeu­nesse Mange-moi (École des loi­sirs, 1999), elle a ins­crit au réper­toire une dou­zaine d’œuvres, très sou­vent por­tées à la scène en France et à l’étranger. La quête, la vie à (re)construire, le pou­voir des mots contre le mal­heur, autant de fils que, de son écri­ture mini­male, l’auteure tisse d’un texte à l’autre. Camino ((École des loi­sirs, 2002) met ainsi en scène un jeune gar­çon, Noam, privé de l’usage de ses jambes par un acci­dent. La ren­contre avec Camino, son des­tin, et quelques péri­pé­ties à l’intérieur de son nom­bril, le récon­ci­lient peu à peu avec sa vie.

Extrait de Camino :
Noam
Je marche. Je sens mes jambes.Camino
Ce n’est pas éton­nant ici.Noam
T’es rabat-joie. C’est un miracle ! Je marche.

Camino
Ici, tout est possible.

Noam
Seulement ici ?

Camino
Eh oui ! Ça ne te fait pas drôle de te pro­me­ner à l’intérieur de toi ?

Noam
Non, c’est comme si c’était ailleurs.

Camino
C’est bien ce qui m’inquiète… Je ne vois pas de chan­tiers. Je ne com­prends pas, il n’y a pas de chantiers.

Noam
Pourquoi ? Il faut des chantiers ?

Camino
Oui. Le chan­tier c’est le pré­sent… Il n’y a pas de pré­sent dans ta vie.

Noam
Evidemment. Je m’ennuie toute la jour­née dans mon lit ou sur mon fau­teuil rou­lant. Et alors, avoir un chan­tier, ça fait quoi ?

Camino
On bâtit, on construit.
Il y a tou­jours soit un truc cassé, soit un truc à répa­rer, soit un truc en train de se faire.

Noam
Et ça, c’est quoi ?

Camino
Une fourche. Déjà ! Il y a plus de che­mins que je pensais.

Noam
Des che­mins cachés.
Camino
Je ne sais pas… Curieux ! J’ai l’impression qu’on est devant les che­mins d’avant et les che­mins d’après.

Noam
Je pré­fère l’après.

Camino, p.23–25

RENCONTRES
Mercredi 9 avril – 19 h 30
Petit Angle
Samedi 12 avril – 11 h
École du Jardin de Ville
SIGNATURE
Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
Un, Deux, Rois
École des Loisirs, 2012
La Morsure de l’âne
École des Loisirs, 2008
Qui rira verra
École des Loisirs, 2006
Camino
École des Loisirs, 2002.
Le Pays de rien
École des Loisirs, 2002

3 comment on “Nathalie Papin

  1. Basile P-R

    Nathalie Papin nous pro­pose, dans « Camino », de par­tir à la ren­contre de notre des­tin. En uti­li­sant des méta­phores, l’auteur arrive à nous trans­mettre des mes­sages. Loin des cli­chés habi­tuels de la lit­té­ra­ture pour jeu­nesse, se livre s’apprécie éga­le­ment pour sa valeur artis­tique. Les enfants adorent, nous aussi.

  2. Justine L

    Cet ouvrage m’a fait pen­ser à ce moment où nous nous posons des ques­tions sur nous même. Cet âge où nous com­men­çons à avoir conscience de qui on est. On apprend à se connaitre, à réflé­chir sur soi-même, la tem­po­ra­lité prend place, le futur attise notre curio­sité et défie notre assu­rance. Nathalie Papin y ajoute la notion de l’handicape, par le visage de Noam, un enfant han­di­capé depuis un acci­dent. Pessimiste et borné, cet enfant refuse d’accepter son passé et se reclus petit à petit dans la soli­tude. Sa ren­contre avec Camino, l’incarnation de son des­tin, va l’emmener dans un voyage tan­tôt fée­rique tan­tôt hos­tile. Par l’imaginaire, ce “conte théâ­trale” revi­site l’introspection comme étant un voyage au sein de soi même, de son passé, de ses bles­sures et de ses sou­ve­nirs. Il aborde éga­le­ment de façon très sub­tile la ques­tion de la soli­tude et de l’entourage. J’ai beau­coup aimé la pro­fon­deur de ce texte pour­tant des­tiné aux enfants. Nathalie Papin a une approche sai­sis­sante de l’altérité par la recherche de l’autre, l’autre soi. Un ouvrage très inté­res­sant qui mérite d’être vu et entendu pour prendre sa forme la plus complète.

  3. viossat

    Un échange émou­vant et artis­tique avec Nathalie Papin
    Nathalie Papin, « autrice » ou « écri­vaine » jeu­nesse comme elle aime le dire, a par­ti­cipé à une cha­leu­reuse table ronde ce mer­credi 09 avril. Cette ren­contre, orga­ni­sée par Le 3ème bureau pour la 12ème édi­tion du Printemps du Livre au Petit Angle à Grenoble, a réuni des per­sonnes d’horizons divers mais moti­vées par la même envie. Retour sur cette ren­contre émou­vante et artis­tique à la fois.
    Lecteurs, biblio­thé­caires, artistes, ou étu­diants sont pré­sents afin d’en savoir plus sur les moti­va­tions et les rap­ports à l’écriture de Nathalie Papin. Cette table ronde, ani­mée par Emilie Viossat et deux membres du comité des co-lecteurs, démarre sur le rap­port sou­vent ambigu de l’altérité des per­son­nages des his­toires de Nathalie Papin. Ce thème fait naitre des dis­cus­sions autour du rap­port qu’entretiennent ses per­son­nages, qui par­fois se dési­rent les uns des autres et sou­vent s’auto-engendrent. Pour illus­trer ces pro­pos, le public se voit gra­ti­fier d’une lec­ture de « Debout » où le per­son­nage prin­ci­pal est à la fois homme et mère. Le second thème jouit d’une valeur plus artis­tique, dans le sens où Nathalie Papin, explique qu’elle fait appel à des met­teurs en scène pour théâ­tra­li­ser ces textes. Elle nous raconte alors, avec pas­sion, dif­fé­rentes anec­dotes de ren­contres avec des artistes l’ayant mar­quées.
    L’échange émou­vant, comme lorsque l’invitée évoque son « retour chez soi » grâce à ses livres, est par­semé d’agréables moments de lec­ture, comme avec « Camino », et s’achève poé­ti­que­ment à la nuit tom­bante.
    BPR

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