Julien Delmaire

Julien Delmaire-DR

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Julien Delmaire lit autant qu’il écrit, écrit avant tout pour dire. Très pré­sent sur la scène slam, ce poète de l’oralité a par ailleurs publié quatre recueils. Son pre­mier roman Georgia (Grasset, 2013) raconte, à la manière d’une féé­rie sombre, la ren­contre de deux êtres à la dérive. Venance, tra­vailleur séné­ga­lais sans papiers, a fui une Afrique deve­nue inha­bi­table. Georgia a quitté sa Normandie natale pour une vie de vent et d’horizon, mais elle se perd dans la drogue. Leur brève romance, dans une ville vapo­reuse, scande leur des­tin d’un souffle poé­tique, d’une musique qui ne s’oublie pas.

Extrait de Georgia :
Georgia s’éveilla comme exhu­mée de terre. Elle flot­tait entre deux consciences. Venance ne vou­lut pas heur­ter son éclo­sion, il ne dit rien, offrit le lait chaud dans un bol de terre cuite, ten­dit les tranches de pain, le beurre frais. Il pré­para le thé noir, en silence, à la façon des moines dans le réfec­toire muet, pré­sent dans chaque mou­ve­ment, atten­tif à la cour­bure du poi­gnet, au rai­dis­se­ment des muscles. Venance le sait : Dieu se reflète dans la plé­ni­tude des gestes et le mal se niche dans leurs approxi­ma­tions. Ils ne se par­lèrent pas, burent à petites gor­gées, mas­ti­quèrent le pain, se lais­sèrent empor­ter par les accents vio­lents du thé.
Georgia fut plus lente qu’à l’accoutumée pour allu­mer sa ciga­rette, elle fit péné­trer la fumée dans ses moindres ramures, jusqu’à être inves­tie de pleine brume. Elle demanda à se laver. Venance se berça du bruit de l’eau. Il n’osa pas entrer dans la salle de bains pour la contem­pler nue et liquide. Elle revint dans la chambre, les che­veux humides encore, châ­tains humides, les yeux bleus qui vou­laient conver­tir le gris du mur. Elle était petite, ses habits noc­turnes, en pleine lumière, lui don­naient des allures de sau­te­relle fati­guée, mais son visage à la fois enfan­tin et ridé contre­di­sait cette gau­che­rie. Elle était belle.
Georgia se diri­gea vers la porte sans mot dire. Venance anti­cipa le désastre. En ouvrant la porte, elle dit : « Je peux reve­nir tout à l’heure ? » Venance aurait voulu hur­ler sa réponse ; il hocha la tête, sor­tit le trous­seau de clés de sa poche.
« Tu peux les prendre. Tu rentres quand tu veux. »
Georgia sou­rit mais refusa les clés. La porte cla­qua sans vio­lence. Le cœur de Venance avait des ful­gu­rances de chrome. Il s’efforça au calme, sur­tout ne pas crier sa joie, si fra­gile encore que le moindre sou­bre­saut pou­vait la faire fuir à tire-d’aile. Il se lava, les­siva sa plus belle che­mise, la fit sécher sur le radia­teur. Il se décida à pré­pa­rer un repas de fête pour le retour de Georgia : un maté royal, avec de l’agneau, de la viande qui se mor­fond de ten­dresse et la sauce qui rugit sous les papilles, grasse et par­fu­mée. Ce soir serait fastueux.
Georgia, p.107–109

RENCONTRES
Jeudi 10 avril – 18 h
Grenoble École de Management
Samedi 12 avril – 18 h
Petit Angle
Dimanche 13 avril – 10 h 30
Petit Angle
Dimanche 13 avril – 14 h 30
Maison de l’International
SIGNATURE
Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville
BIBLIOGRAPHIE
Georgia
Grasset, 2013
Xylographies
L’agitée, 2009
Ad(e)n
L’agitée, 2007
Le Mur s’efface
L’agitée, 2007

3 comment on “Julien Delmaire

  1. Pauline C.

    Ce que je recherche en lisant un roman c’est de res­sen­tir une émo­tion: ce fût le cas avec celui-ci ! Une écri­ture qui m’a tou­chée par la manière dont les mots sont uti­li­sés: à la fois simples et durs. Ils rendent l’histoire vraie et pre­nante. Merci pour cette lecture !

  2. viossat

    - Une ren­contre artistique —

    Le Printemps du Livre de Grenoble est une occa­sion unique per­met­tant aux auteurs et lec­teurs de se ren­con­trer. Autour d’un thème choisi chaque année, des écri­vains de romans, poé­sie, nou­velles, théâtre, etc. sont invi­tés à par­ti­ci­per à des tables rondes et débats. C’est à cette occa­sion que Julien Delmaire a été invité par les étu­diants de la Grenoble Ecole de Management (GEM) pour une ren­contre… étonnante !

    Poète, sla­meur, roman­cier, Julien Delmaire est écri­vain aux mul­tiples facettes. Son pre­mier roman « Georgia » a été publié il y a un an et demi de cela. Georgia. Un titre por­tant de nom­breux échos : celui d’un pré­nom, celui d’un pays, celui d’une chan­son. C’est en s’inspirant de tout cela que les étu­diants de la GEM se sont lancé le défi de pro­po­ser une ren­contre ori­gi­nale avec l’écrivain.

    Une petite salle, une gui­tare, un piano, une bat­te­rie, un chan­teur, quelques chaises et un buf­fet. C’est dans cette ambiance convi­viale que la ren­contre a débuté. De manière assez infor­melle, les étu­diants de la GEM ont inter­viewé Julien Delmaire au sujet de sa vie, de son roman. Découpée en deux par­ties, la ren­contre a com­mencé en musique avec les membres du groupe de l’Ecole. Après avoir repris la célèbre chan­son « Georgia » et inter­pré­tés en musique deux pas­sages forts du livre, ils ont invité l’auteur à les rejoindre pour une impro­vi­sa­tion sur ses textes de slam. S’en est suivi un échange puis une courte pause avant d’entamer la seconde par­tie de la ren­contre. Pour celle-ci, ce sont 4 membres de la troupe Impro-pulsion de la GEM qui ont impro­visé la fin du roman. Avec seule­ment quelques indices sur le roman puis de plus en plus de contraintes, les acteurs ont pro­posé un spec­tacle décalé et plein d’humour.

    Enfin, Julien Delmaire a repris la parole un court ins­tant afin de répondre aux der­nières ques­tions, plus per­son­nelles et sérieuses, et d’inviter les par­ti­ci­pants à venir le retrou­ver lors des autres évè­ne­ments du Printemps du Livre de Grenoble !

    Pauline C.

  3. viossat

    Julien Delmaire, sla­meur et écri­vain a répondu pré­sent à l’appel des étu­diants de l’école de mana­ge­ment de Grenoble (GEM), le jeudi 10 Avril dans le cadre du Printemps du livre. Tout d’abord étonné d’une telle sol­li­ci­ta­tion : « Je ne pen­sais pas que vous pou­viez avoir des pro­jets en lien avec la poé­sie », il a par­ti­cipé avec enthou­siasme à cette ren­contre pour son ouvrage inti­tulé « Georgia » en tant qu’acteur mais éga­le­ment spec­ta­teur.
    Après avoir pré­senté son par­cours, Julien Delmaire a expli­qué qu’il avait mis envi­ron quatre ans pour écrire son ouvrage car il pro­dui­sait simul­ta­né­ment des poèmes. Cet artiste expres­sif et à l’aise dans son rôle d’orateur a assisté à la reprise de trois chan­sons inter­pré­tées par le groupe musi­cal de GEM. « Georgia on my mind » de Ray charles , « They say » de Scars on Broadway , « These arms of mine » de Ottis rea­ding ont été choi­sies car repré­sen­ta­tives de cer­tains pas­sages de l’ouvrage. Une fois l’atmosphère de « Georgia » recrée, Julien Delmaire a expli­qué à quels pas­sages cela se réfé­rait en agré­men­tant de cer­tains élé­ments que seul un auteur peut nous don­ner. Slameur avant tout, un « boeuf » musi­cal a per­mis de voir à l’oeuvre Julien Delmaire. Pour adap­ter le style de musique à son rythme, les appren­tis musi­ciens devaient jouer en « la mineur », est devait évo­quer la cou­leur « pourpre ». Un terme très visuel mais qui sous-entendait une atmo­sphère musi­cale qu’ils ont recrée avec suc­cès. Une belle façon de créer du lien avec les spec­ta­teurs.
    Ce concert impro­visé a mené vers la deuxième par­tie de la ren­contre orga­ni­sée par les étu­diants. Cette fois, c’est le club d’improvisation qui a pris pos­ses­sion de l’ouvrage « Georgia ». Comment ima­gi­ner la fin de l’ouvrage en connais­sant seule­ment l’intrigue ? C’est à ce jeu qu’ils se sont prê­tés, ce qui a valu de nom­breux éclats de rire. Julien Delmaire a sem­blé être conquis par cette orga­ni­sa­tion et a répondu à cer­taines ques­tions. On en retien­dra que ce roman a été ins­piré de périodes qu’il ou que cer­tains de ses proches ont connu. Il a notam­ment men­tionné un ami qui a « lâché le jeu social » et auquel il a voulu d’une cer­taine manière rendre hom­mage.
    Laura V.

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