Guy Caussé

Guy Causse © Alain Fischer

© Alain Fischer

Né à Grenoble, Guy Caussé s’installe comme méde­cin géné­ra­liste en 1969 à Échi­rolles. Il par­ti­cipe à la fon­da­tion de la Mission France de Médecins du Monde, qu’il dirige pen­dant 20 ans, se met­tant au ser­vice des plus dému­nis. Il œuvre aussi à la créa­tion de Point d’eau. Il a mené de nom­breuses actions huma­ni­taires à tra­vers le monde, en par­ti­cu­lier en Afghanistan. De ce par­cours riche en expé­riences et en huma­nité, il témoigne dans son essai L’Histoire des hommes nous concerne tous. De l’humanitaire à l’humanisme, l’itinéraire d’un méde­cin du monde (Bayard, 2014). Bilan d’un enga­ge­ment auprès des vic­times de la vio­lence du monde, son livre se veut aussi réflexion sur son tenace désir d’humanitaire, porté par le sens du partage.

Extrait de L’Histoire des hommes nous concerne tous. De l’humanitaire à l’humanisme, l’itinéraire d’un méde­cin du monde :
AFGHANISTAN« Les fils de l’homme sont tous membres les uns des autres,
Ayant été créés d’une sub­stance unique.
Si de par le des­tin l’un vient à souf­frir,
Que pour les autres membres, il n’y ait pas de repos !
Toi qui n’as pas souci de l’épreuve d’autrui,
Tu ne mérites pas d’être appelé un homme. »
Saadi, poète afghanJe por­tais en moi ce désir d’universalité, conforté par mes lec­ture. « L’histoire des hommes nous concerne tous », dit Camus dans La Peste. « Nous sommes tous res­pon­sables les uns des autres, et moi plus que les autres », nous enseigne Dostoïevski. Pour Kant, « l’inhumanité infli­gée à autrui détruit notre propre huma­nité ».Mon désir huma­ni­taire se cris­tal­li­sait sur une terre loin­taine et déjà d’une grande actua­lité, l’Afghanistan, ce pays mythique, tra­versé par tous les hip­pies du monde, qui racon­taient sa beauté et l’extraordinaire hos­pi­ta­lité de ses habi­tants. Depuis 1980, il subis­sait une occu­pa­tion mili­taire sovié­tique com­bat­tue par une résis­tance des cam­pagnes afghanes. Les popu­la­tions dépla­cées, har­ce­lées, se réfu­giaient par mil­liers au Pakistan et en Iran. Des huma­ni­taires fran­çais les accom­pa­gnaient. Je vou­lais être des leurs. Tout d’abord pour por­ter secours à une popu­la­tion en souf­france, mais aussi pour accom­pa­gner un com­bat pour le res­pect des droits de l’homme et aller à la ren­contre d’une civi­li­sa­tion et d’une culture dif­fé­rentes de la mienne. Issu du monde judéo-chrétien, je vou­lais connaître l’islam dans sa dimen­sion spi­ri­tuelle et d’accueil de l’étranger. Enfin, dans le cadre de la clan­des­ti­nité, vivre un chal­lenge per­son­nel d’aventure humaine et médicale.Fort de mes attaches locales à Médecins du monde, et vou­lant suivre les traces de Bernard Kouchner, je me por­tait volon­taire auprès du siège à Paris.

Après de nom­breux dépla­ce­ments pour ren­con­trer des res­pon­sables invi­sibles… et au bout du qua­trième voyage impro­duc­tif, je me tour­nai vers MSF qui m’accueillit très pro­fes­sion­nel­le­ment et m’envoya bien­tôt au Pakistan, à Peshawar, sur le nord-est du pays, pour une for­ma­tion com­plé­men­taire de deux mois. Je tra­vaillai à une approche cultu­relle et lin­guis­tique au sein de la com­mu­nauté afghane, avec Karine, une jeune infir­mière avec qui je ferai équipe dans les six mois à venir pour la mis­sion de Ghazni, au sud-ouest de Kaboul.

J’appris alors un autre monde, étrange, aux codes dif­fi­ciles à appré­hen­der. Je décou­vris Peshawar – ville ten­ta­cu­laire main­te­nue sous une chape de pol­lu­tion per­ma­nente issue des moteurs des rick­shaws, ces mil­liers de tri­por­teurs à voca­tion de taxi – et sa popu­la­tion cos­mo­po­lite : musul­mane, pach­toune, hin­doue et chré­tienne ; dense, bruyante, tout droit sor­tie des contes des Mille et Une Nuits. Les femmes aux pan­ta­lons bouf­fants et tuniques soyeuses colo­rées côtoyaient les fan­to­ma­tiques tcha­dors bleus grilla­gés des Afghanes. Les hommes, bar­bus pour la plu­part, en « cha­war kamiz » (pan­ta­lon che­mise), por­taient le petit bon­net pakis­ta­nais, le béret afghan (le pakol) ou le tur­ban pachtoun.

L’Histoire des hommes nous concerne tous. De l’humanitaire à l’humanisme, l’itinéraire d’un méde­cin du monde, p. 93–95

RENCONTRES
Mercredi 9 avril – 19 h
Bibliothèque d’Étude et du
Patrimoine
Samedi 12 avril – 10 h 30
Appartement Gagnon – Musée
Stendhal
SIGNATURE
Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
L’Histoire des hommes nous concerne tous.
De l’humanitaire à l’humanisme,
l’itinéraire d’un méde­cin du monde
Bayard, 2014
Sage-femme en Afghanistan :
témoi­gnage intime

Textes et pho­tos de Nelly Staderini
préf. Guy Caussé
Cheminement, 2003