Fabienne Brugère

Fabienne Brugère - DR

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Philosophe et uni­ver­si­taire, Fabienne Brugère est l’auteure de nom­breux ouvrages sur l’esthétique et la phi­lo­so­phie poli­tique, confron­tant ses recherches, notam­ment sur la « sol­li­ci­tude », aux pra­tiques sociales et à l’action publique. Dans La Politique de l’individu (Seuil, 2013), elle revi­site à la lumière de la socio­lo­gie les diverses formes d’un indi­vi­dua­lisme néga­tif : nar­cis­sisme, repli sur soi, com­pé­ti­tion néo-libérale. Elle défend à l’inverse une société de sem­blables où cha­cun serait sou­tenu, dans la réa­li­sa­tion de soi, par la puis­sance publique et non sommé de s’adapter aux normes du capi­ta­lisme, dépas­sant ainsi les ten­sions entre l’individuel et le collectif.

Extrait de La Politique de l’individu :
Toutefois, la France est un pays scindé entre un bon­heur privé et un mal­heur public (1). Les Français se déclarent satis­faits de leur vie pri­vée, de leur envi­ron­ne­ment ; ils plé­bis­citent davan­tage la repré­sen­ta­ti­vité com­mu­nale que d’autres formes de repré­sen­ta­tion poli­tique (en par­ti­cu­lier éta­tique). Plus encore, les liens sociaux pri­vés sont recher­chés et valo­ri­sés, alors que le col­lec­tif ins­ti­tu­tion­na­lisé s’affaiblit et est mis en ques­tion. L’individualisation s’exacerbe et se consti­tue posi­ti­ve­ment sur un mode privé d’accès au bon­heur devenu indis­so­ciable d’une qua­lité de vie sur un ter­ri­toire déter­miné. Mais elle témoigne en même temps d’un défi­cit d’implication col­lec­tive dans le monde public, comme si un « indi­vi­dua­lisme néga­tif » se consti­tuait en direc­tion de l’État. On sait que cette expres­sion est uti­li­sée par Robert Castel dans un contexte de désaf­fi­lia­tion, donc d’effilochement de la pro­tec­tion par l’État. Il est pos­sible d’en étendre la por­tée à d’autres moda­li­tés, notam­ment dans le rap­port à l’État. L’individualisme néga­tif peut s’entendre comme le fait de ne plus s’impliquer dans les affaires publiques.
Pourtant, les vies per­son­nelles ne sont-elles pas faci­li­tées par des règles col­lec­tives qui s’appliquent de la même manière pour cha­cun dans les pays pour­vus d’un État social ? Très sou­vent, les indi­vi­dus oublient les faci­li­ta­teurs col­lec­tifs d’existence, assi­mi­lant de plus en plus les règles et normes qu’ils pro­duisent à de la bureau­cra­tie tra­cas­sière ou à l’expression exclu­sive d’intérêts par­ti­cu­liers. Ils peuvent même en venir à se décla­rer « mal­heu­reux », alors qu’ils habitent dans des pays qui offrent (encore) un haut niveau de pro­tec­tion sociale.
La Politique de l’individu, p.25
1– Jean Viard, Nouveau por­trait de la France, p.114

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Samedi 12 avril – 10 h 30
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SIGNATURE
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samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
La Politique de l’individu
Seuil, 2013
Faut-il se révol­ter ?
Bayard, 2012
L’Éthique du care,
PUF Que sais-je, 2011
Le Nouvel esprit du libé­ra­lisme
Bord de l’eau, 2011
Le Sexe de la sol­li­ci­tude
Seuil, 2008
L’Expérience de la beauté
Vrin, 2006