David Fauquemberg

David Fauquemberg©Christine Tamalet / Fayard 2009

© Christine Tamalet
Fayard 2009

Ecrivain, repor­ter et tra­duc­teur, David Fauquemberg a puisé dans un périple dans l’ouest aus­tra­lien la matière de Nullarbor (Hoëbeke, 2007), salué par le prix Nicolas Bouvier. Après Mal tiempo (Fayard, 2009) et une plon­gée dans le monde des boxeurs cubains, il rend hom­mage, dans Manuel El Negro (Fayard, 2013), à la noblesse ombra­geuse du fla­menco gitan. Melchior, gui­ta­riste dis­cret, y raconte l’amitié fié­vreuse qui le lie à Manuel, tou­ché par la grâce du chant. D’un « bar­rio » pauvre de Jerez à la fré­né­sie madri­lène, leurs vies semblent nouées à jamais. Un double por­tait mélo­dique, entre ombres et lumières d’un art géné­reux, dont le roman fait revivre les héros bien réels.

Extrait de Manuel El Negro :
Des puis­sances de l’âme, dit un vieux cou­plet anda­lou, la mémoire est la plus cruelle. Elle vous accable de dou­leur au sou­ve­nir des jours heu­reux. Avec Manuel, nous n’avons jamais été si proches qu’au long de ces mois de dérive dans le bar­rio Santa Ana. Nous pas­sions nos jour­nées dans la chambre à deux lits de la Calle Huertas. Manuel se réveillait avec des mélo­dies nou­velles qui lui étaient venues en songe. « Oyé Gordo, accorde ta sonante !… » Il chan­tait, je jouais, c’était une conver­sa­tion inin­ter­rom­pue, sans obs­tacles. Les mots, voyez, disent si peu, ils ne servent sou­vent qu’à créer des mal­en­ten­dus. La musique est sans équi­voque, elle ne vous cache rien des sen­ti­ments de l’autre. Manuel était la par­ti­tion, je l’interprétais, il n’y avait plus de dis­tance, nous par­ta­gions le même rêve – je ne savais plus qui j’étais. Quand la faim nous pre­nait, nous sor­tions retrou­ver les autres fla­men­cos. Des nuits entières à s’enivrer de chant, à en refaire l’histoire. Je nous revois au petit jour, errant dans les ruelles, étour­dis par les airs que nous venions d’entendre. Dans la ville endor­mie, les employés muni­ci­paux balayaient le pavé, ils sif­flo­taient entre leurs dents. « Maestro !… » Un enfant d’Utrera avait reconnu Manuel. Son balai coincé sous le coude, il caden­çait alors une bulé­ria à réveiller les morts… Manuel don­nait de la voix :Après minuit quand revient le vent
Je me retrouve ivre de lune
Sans rai­son ni enten­de­men­tUne fenêtre grin­çait, « La ferme ! », le fâcheux n’osait se mon­trer. Nous par­tions nous cou­cher dans un éclat de rire.Manuel El Negro, p.166–167

RENCONTRES
Samedi 12 avril – 11 h
Bibliothèque Le Verbe Être
(La Tronche)
Samedi 12 avril – 18 h
Petit Angle
Dimanche 13 avril – 16 h
Petit Angle
Dimanche 13 avril – 19 h
Salle Juliet-Berto
SIGNATURE
Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville
BIBLIOGRAPHIE
Manuel El Negro
Fayard, 2013
Mal tiempo
Fayard, 2009 (Prix Millepages)
Nullarbor
Hoëbeke„2007 (Prix Nicolas Bouvier)