David Carkeet

David Carkeet - DR

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Nouvelliste et roman­cier amé­ri­cain, David Carkeet a ensei­gné l’écriture et la lin­guis­tique. On retrouve Jeremy Cook, enquê­teur mal­gré lui, dans trois de ses comé­dies poli­cières. Le Linguiste était presque par­fait (Monsieur Toussaint Louverture, 2013, trad. Nicolas Richard) épingle le petit monde clos et les ini­mi­tiés pué­riles d’un ins­ti­tut d’étude du lan­gage du nour­ris­son. Soupçonné du meurtre d’un de ses col­lègues, Jeremy s’y trouve aux prises avec le sombre et pesant ins­pec­teur Leaf, mais saura user de la saga­cité pré-linguistique d’un jeune enfant.  Chez le même édi­teur, Une putain de catas­trophe (2014, trad. Marie Chabin) plonge Jeremy dans les mys­tères de la non-communication conjugale.

Extrait de Le Linguiste était presque par­fait :
Ses petites vacances à la mai­son avaient été salu­taires et construc­tives. Il n’avait pas trop bu, par exemple. Il avait éga­le­ment tondu le gazon, repeint la rem­barde de la véranda de der­rière, et com­mencé à biner son petit jar­din. Mais il avait tenu à ne pas laver sa voi­ture. Il aurait été dif­fi­cile de répondre aux pas­sants qui auraient demandé, fût-ce en plai­san­tant, s’il avait bien enlevé tout le sang. Une telle ques­tion n’était d’ailleurs pas à exclure. Les traces de pneus, en dépit de leur brève exis­tence, étaient connues de tous. Stiph avait été ren­versé par une voi­ture. C’était l’avis de Leaf, ainsi que Cook l’avait appris le mer­credi après-midi, lorsqu’il avait revu l’enquêteur ; c’était éga­le­ment l’avis du méde­cin légiste, comme Cook avait pu le décou­vrir au jour­nal télé­visé ce mer­credi soir, tres­saillant à chaque fois que son nom était pro­noncé. Cet après-midi-là, Leaf avait enfin mené à son terme le rai­son­ne­ment com­mencé plus tôt dans la mati­née, à savoir que le corps d’un être humain nor­mal, ayant un centre de gra­vité situé en gros au niveau de la taille et per­cuté par un pare-chocs auto­mo­bile, est sou­vent pro­jeté en l’air, ce qui entraîne un choc bru­tal de la tête contre le capot à proxi­mité du pare-brise, voire contre le pare-brise pro­pre­ment dit. Stiph avait été pro­ba­ble­ment été heurté à la tête par un véhi­cule, et Leaf avait déclaré à Cook : « Montrez-moi une voi­ture cabos­sée et vous aurez l’arme du crime. » (Ce ne fut pas une coïn­ci­dence si l’inspecteur accom­pa­gna Cook sur le par­king à côté du poste de police pour jeter un petit coup d’œil à sa vieille Valiant. Leaf ne trouva rien de com­pro­met­tant, mais fit néan­moins remar­quer que ce n’était pas un véhi­cule digne d’un uni­ver­si­taire dis­tin­gué tel que Cook.)
Stiph avait été rasé, pré­suma Leaf, afin qu’aucune trace de pein­ture col­lée aux che­veux ne puisse conduire un ins­pec­teur (tel que lui-même, ajouta-t-il) au véhi­cule du meur­trier. « Nous avons affaire à un gars malin, lui confia Leaf, il a pensé à tout le binz. »
Cook, aba­sourdi par la façon dont Leaf encen­sait régu­liè­re­ment ses propres talents d’enquêteur, en conclut que cela signi­fiait que le tueur avait envi­sagé toutes les éven­tua­li­tés. Et pour­tant il y avait bien, sur la per­sonne de Stiph, des traces de voi­ture que le conduc­teur n’avait pas vues : un soup­çon de chrome sur l’une des jambes de son pan­ta­lon et un éclat de caou­tchouc d’essuie-glace incrusté dans l’oreille gauche. Pas des masses, mais un petit quelque chose.Le Linguiste était presque par­fait, p.70–71

RENCONTRES
Jeudi 10 avril – 10 h
Petit Angle
Jeudi 10 avril – 18 h 30
(Rencontre en anglais)
American Corner – Maison de
l’International
Samedi 12 avril – 14 h 30
Maison de l’International
SIGNATURE
Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville
BIBLIOGRAPHIE
Une putain de catas­trophe
Monsieur Toussaint Louverture, 2014
trad. Marie Chabin
Le Linguiste était presque par­fait
Monsieur Toussaint Louverture, 2013
trad. Nicolas Richard
La Peau de l’autre
Seuil, 2012
trad. Jean Esch

4 comment on “David Carkeet

  1. Aurélia M.

    Ce livre est très diver­tis­sant. Habituellement pas très inté­res­sée par les enquêtes et les his­toires de meurtres, l’humour de David Carkeet rend l’histoire vrai­ment drôle. L’intrigue change des his­toires habi­tuelles, des lin­guistes dans une crèche c’est peu banal.

  2. Laura V

    Le lin­guiste était presque par­fait” est un roman qui m’a réel­le­ment enthou­siasmé. La double intrigue dans cette his­toire nous tient en haleine jusqu’à la fin. J’ai appré­cié le fait de décou­vrir un milieu scien­ti­fique, un uni­vers dans lequel des cher­cheurs en lin­guis­tique évo­luent. Cette ambiance, mêlée à une enquête poli­cière et des pré­oc­cu­pa­tions socié­tales autour de l’image de soi fait que le roman se lit très vite. Je lirai sûre­ment les pro­chaines aven­tures de Jeremy Cook lorsqu’elles paraî­trons en Français. La ren­contre avec David Carkeet au Petit angle m’en a donné envie en tout cas !

  3. Justine L

    Ce roman est excellent ! L’humour de David Carkeet saura séduire autant que son his­toire à la fois bur­lesque, cocasse et tra­gique. Il m’aura sur­prise et diverti jusqu’a la der­nière page. Le cadre est ori­gi­nal et intri­guant, un ins­ti­tut ima­gi­naire de lin­guis­tique qui se penche sur l’apprentissage du lan­gage des enfants. Ce que j’ai appré­cié avant tout c’est que l’usage de la langue et le contexte scien­ti­fique n’est pas qu’un pré­texte mais bien fon­da­men­tal pour la réso­lu­tion de l’énigme. Jeremy Cook, le per­son­nage prin­ci­pal, est com­plè­te­ment obsédé par les autres mais sur­tout par ce que les autres pensent de lui. L’histoire se passe à la manière d’un huit clos à la façon d’un cluedo pour résoudre une double énigme. Cet effet cluedo est ren­forcé par le schéma au début du livre, qui nous per­met de situer les bureaux des lin­guistes, tous plus étranges et lou­foques les uns que les autres ! Pour finir, Carkeet nous emmène dans une réflexion sur les rela­tions entre col­lègues ou encore sur l’amitié, où les faux sem­blants, les secrets et les non agis­se­ments ali­mentent l’intrigue. Bref, ce polar décalé nous garanti un vrai moment de légè­reté ! Je recommande !

  4. Cécile F

    Jeudi 10 avril à 10h avait lieu la ren­contre orga­ni­sée par les étu­diants du Master Communication Scientifique avec l’écrivain David Carkeet au Petit Angle.
    Les échanges entre l’auteur amé­ri­cain et le public ont pu se faire grâce à l’aide des étu­diants du Master Traduction Multilingue pré­sents au côté de l’auteur.
    David Carkeet, qui semble enchanté d’être là, est donc venu par­ler de son livre « Le lin­guiste était presque par­fait » écrit près de 30 ans plus tôt et seule­ment publié en France en 2013.
    « Le lin­guiste était presque par­fait » a d’ailleurs eu plus de suc­cès en France, où il n’est paru que l’année der­nière, qu’aux États-Unis, à la grande sur­prise de l’écrivain, qui nous avoue ne pas avoir trou­ver d’explications à cela.
    Le roman en ques­tion se penche sur une his­toire de meurtre à l’Institut Wabash dans l’Indiana, où un groupe de lin­guiste étu­dient le déve­lop­pe­ment du lan­gage chez les enfants. Le per­son­nage prin­ci­pal Jeremy Cook, lin­guiste de son état, cherche à la fois l’origine de ces meurtres et d’une rumeur sur lui.
    Le titre du roman, à l’origine « Double Negative » réfère à une construc­tion gram­ma­ti­cal mais aussi aux 2 corps retrou­vés. Il est devenu en fran­çais « Le lin­guiste était presque par­fait » : une réfé­rence au film d’Alfred Hitchcock « Le meurtre était presque par­fait ».
    Après nous avoir donc pré­senté le livre, l’auteur nous offre une lec­ture de la scène d’exposition, dans laquelle sont pré­sen­tés les per­son­nages.
    Pour écrire ce livre, David Carkeet, qui ensei­gnait la lin­guis­tique à l’université s’est ins­piré de son envi­ron­ne­ment : la plu­part des per­son­nages sont basés sur des per­sonnes réelles, des col­lègues à lui prin­ci­pa­le­ment.
    Viennent ensuite les ques­tions du public, grâce aux­quelles on apprend que l’écriture de ce roman a pris 5 ans, que l’histoire se pas­sait à l’origine sur un cam­pus amé­ri­cain ou encore que l’auteur n’a en géné­ral pas son mot à dire sur le choix des images de cou­ver­ture de ses livres.
    Pour ce qui est de ses futurs pro­jets, Carkeet s’intéresse beau­coup à Mark Twain et au Mississippi : il aime­rait éga­le­ment tra­vailler sur la musique de la Nouvelle Orléans.
    Cette ren­contre en petit comité a donc per­mis à ceux pré­sents d’en savoir plus sur l’auteur et son roman, et de don­ner défi­ni­ti­ve­ment envie de le lire pour ceux qui ne l’auraient pas fait.
    Cécile F

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