Danielle Bassez

Danielle Bassez - DR

DR

Danielle Bassez vit à Grenoble, où elle a ensei­gné la phi­lo­so­phie. Elle a publié chez Cheyne  la plu­part de ses textes, dont Ecrits dans les marges (2006), por­trait de son père en lec­teur gour­mand, qui peu­plait sa soli­tude de mots tra­cés dans les marges des livres. Entre enfance et vieillesse, l’écriture de Danielle Bassez voyage dans la mémoire des bles­sures. Aucune chan­son n’est douce (2013) met ainsi en scène avec une jus­tesse crue une belle-mère qui a pris la place de la mère trop tôt dis­pa­rue, déchi­rant le quo­ti­dien du nar­ra­teur à coups de peur et de haine. Des années plus tard, ce qui a été incrusté dans le cœur conti­nue de battre dans les mots.

Extrait de Aucune chan­son n’est douce :
Plus tard, elle en arri­vera à tondre les che­veux de l’homme, à lui mettre qua­si­ment la boule à zéro. C’est une sorte de manie chez elle, cou­per tout ce qui dépasse. Les jours de dis­pute, elle l’empoignera par les deux cen­ti­mètres de brosse qui lui res­tent et, de rage, lui secouera la tête.
Une sur­face de peau. De l’épiderme, nu, devant elle. Un misé­rable ver, voilà ce qu’on est. Elle décide de l’habillement. Elle sort de l’armoire les sous-vêtements, les chaus­sures, elle dit : « Tu met­tras », et on met. Elle ne parle qu’à l’impératif.
Elle prend le corps, elle le modèle, elle lui donne sa forme exté­rieure. Elle est maî­tresse de son appa­rence, de son main­tien. Et de même, elle contrôle sa vie inté­rieure. Elle le nour­rit – chaque jour un menu défini, iden­tique de semaine en semaine et d’année en année -, elle le met en ordre, elle le dis­ci­pline, tout de cet orga­nisme est désor­mais pré­vi­sible, ce qu’il ingur­gite, ce qu’il excrète, l’heure même où il excrète et le temps qu’il y met. Cela devient un corps réglé comme du papier à musique, pareil à ces uin­sectes trans­lu­cides où se des­sine le tra­jet des ali­ments et des rebuts.
Aucune chan­son n’est douce, p.22–23

RENCONTRES
Vendredi 11 avril – 17 h 30
Bibliothèque Centre-Ville
Samedi 12 avril – 14 h
Petit Angle
Dimanche 13 avril – 10 h 30
Petit Angle
SIGNATURE
Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
Aucune chan­son n’est douce
Cheyne, 2013, coll. Grands fonds
Meurs encore !
Cheyne, 2007, coll. Grands fonds
Écrits dans les marges
Cheyne, 2006, La Kermesse
Cheyne
2001, coll. Grands fonds
Vieilles
1995, Cheyne, coll. Grands fonds