Cloé Korman

Cloé Korman © Hermance Triay

© Hermance Triay

Après des études de lit­té­ra­ture et d’arts, Cloé Korman séjourne à New-York puis au Mexique, où se déroule son pre­mier roman, Les Hommes-couleurs (Seuil, 2010, Prix du Livre Inter), enquête sur un tun­nel secret, fron­tière allé­go­rique fran­chie par des mil­liers d’ouvriers en quête d’ailleurs. Avec Les Saisons de Louveplaine (Seuil, 2013), la fic­tion adopte le regard de l’étrangère en pays inconnu : Nour, venue d’Algérie en Seine-Saint-Denis recher­cher son mari Hassan, dis­paru sans (presque) lais­ser d’adresse. La jeune femme appri­voise peu à peu cette cité sans relief, ses habi­tants, leurs secrets. Loin des cli­chés sur la ban­lieue, une épo­pée plu­rielle naît des his­toires intimes.

Extrait de Les Saisons de Louveplaine :
Quand elle me passe ces coups de fil étranges, que je com­prends de moins en moins, j’imagine Nour per­chée dans cet appar­te­ment à deux mille kilo­mètres de nous, dans cette ville où elle est seule. Peut-être a-t-elle choisi de dor­mir et de rêver avec autant d’obstination pour réus­sir à conser­ver l’image de son mari, com­prendre qui il était avant qu’il ne parte ten­ter le coup en France. Depuis trois ans il n’était jamais là qu’en été, un mois à aider Amine à la station-service et avec elle pen­dant les jours de congé, à faire quelques balades dans les envi­rons. Le reste de l’année il envoyait un peu d’argent. Qui était Hassan avant qu’il ne s’efface en per­dant l’appétit, le som­meil ? Qui, avant qu’il ne se perde dans Louveplaine ?
Nour l’avait attrapé quand elle avait dix-huit ans, ce papillon de nuit, et ils s’étaient mariés juste avant qu’il ait son visa pour par­tir tra­vailler en France. Avant cela, ils avaient essayé de s’installer et vivre à Alger, dans un stu­dio qu’avait la famille de Hassan mais ça n’avait pas mar­ché plus de six mois avec Nour qui ne connais­sait pas grand-chose et Hassan qui ne trou­vait pas de tra­vail, donc Nour était reve­nue à Laghouat pen­dant que Hassan était parti en France. Pendant tout le tra­jet qui la condui­sait là-bas pour la pre­mière fois, j’imagine que Nour a dû contem­pler le sou­ve­nir de son mari, conser­ver son image comme un paquet pré­cieux sur ses genoux. Elle a dû se rap­pe­ler, trois semaines plus tôt, le jour où ils avaient pris le train dans un wagon vide pour aller du côté du domaine perdu, à F., dans la Mitidja, et qu’il s’était endormi contre elle sur la ban­quette, sa tête repo­sant sur ses cuisses. Il ne l’avait jamais entraî­née aupa­ra­vant sur ce lieu de son enfance, que sa famille avait tant aimé et perdu. Elle a pro­tégé cette tête entre ses mains pen­dant le décol­lage pour qu’elle ne roule pas dans la Méditerranée et au-dessus de cette mer comme  un drap brodé d’écume elle a pu cares­ser son front, ses pau­pières, sa nuque. Puis ses doigts ont cher­ché le reste de son visage et je pense que là, ils n’ont rien trouvé. Quelque part en vol elle s’est rendu compte qu’elle essayait de se sou­ve­nir de quelqu’un qu’elle ne connais­sait pas.
Les Saisons de Louveplaine, p.15–16

RENCONTRES
Vendredi 11 avril – 14 h 30
Bibliothèque Centre-Ville
Vendredi 11 avril – 18 h 30
Bib. Champollion-Figeac (Vif)
Samedi 12 avril – 14 h 30
Bibliothèque Centre-Ville
SIGNATURE
Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville
BIBLIOGRAPHIE
Les Saisons de Louveplaine
Seuil, 2013
Les Hommes-couleurs
Seuil, 2010
(Prix du Livre Inter, Prix Valéry-Larbaud)