Brigitte Giraud

Brigitte Giraud © Francesca Mantovani

© Francesca Mantovani

Depuis son pre­mier roman La Chambre des parents (Fayard, 1997), Brigitte Giraud a publié entre autre L’Amour est très sur­es­timé (2007, Prix Goncourt de la nou­velle), Une année étran­gère (2009) et Pas d’inquiétude (2011) aux édi­tions Stock. Son écri­ture explore les déchi­re­ments de l’intime et ses per­son­nages ont en com­mun de cher­cher leur place : dans la famille, dans le couple, dans l’absence de l’autre. Dans Avoir un corps (Stock, 2013), elle ras­semble les moments d’une vie de femme, sai­sis par le prisme du corps et de ses méta­mor­phoses. Ancré entre mémoires de peau et pul­sions du sang, entre pertes et renais­sance, le texte trace une marche éner­gique vers soi et le monde.

Extrait de Le Dernier Lapon :
Je dis que je n’ai pas peur de por­ter des car­tons, de mon­ter sur un esca­beau, de m’accroupir, de me traî­ner à quatre pattes sur le par­quet. Je dis que j’ai de bons yeux et que j’ai le sens du clas­se­ment. Je dis que je n’ai pas peur de pas­ser l’aspirateur tous les matins. Je dis que je suis la per­sonne idéale pour ce tra­vail. Le libraire veut savoir si je suis à la hau­teur. Il me demande qui a écrit Le Vieil homme et la mer, et Vendredi ou les limbes du Pacifique. Puis il passe à la vitesse supé­rieure, il me colle avec Le Rivage des Syrtes et je perds pied. Mais appa­rem­ment cela n’est pas grave, le libraire appré­cie que je sache taper à la machine. Il insiste, il semble enchanté. Je devrai taper la liste des nou­veauté chaque semaine pour la livrai­son à la biblio­thèque muni­ci­pale. J’aurai la res­pon­sa­bi­lité des bor­de­reaux. Cela me convient parce que je ne connais rien en lit­té­ra­ture, rien en art, rien en sciences humaines. Le libraire qui m’embauche ne me parle que du corps, me dit qu’il a mal aux reins, craint les esca­liers et les volumes trop lourds ? Il me met en garde contre la manu­ten­tion. Libraire, c’est por­ter des  livres, déclare-t-il. Je pour­rai les lire le soir chez moi. C’est ouvrir et fer­mer des car­tons, dérou­ler le scotch, faire fonc­tion­ner l’étiqueteuse. C’est faire des piles, lut­ter contre le manque de place, confec­tion­ner des vitrines, agen­cer. Il me fait faire des essais avec une machine à ruban. Il véri­fie ma frappe puis mon ortho­graphe. Mes doigts courent sur le cla­vier et j’ai honte que ma com­pé­tence se résume à l’agilité de mes dix doigts.
Quand il me confirme que c’est moi qu’il choi­sit, il se per­met une ques­tion, qui me sur­prend. Il me demande si je ne suis pas enceinte.
Avoir un corps, p.129–120

RENCONTRES
Samedi 12 avril – 14 h
Petit Angle
Samedi 12 avril – 20 h 30
Théâtre Municipal
Dimanche 13 avril – 14 h 30
Salle Juliet-Berto
SIGNATURE
Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
Avoir un corps
Stock, 2013
Pas d’inquiétude
Stock 2011
Une année étran­gère
Stock, 2009
L’Amour est très sur­es­timé
2007, Stock
(Prix Goncourt de la nou­velle)
À pré­sent
Stock, 2001