Arthur Bernard

Arthur Bernard © myriammb

Arthur Bernard

Arthur Bernard vit à Grenoble, où il a ensei­gné à l’Institut d’Études Politiques. Auteur d’essais et de fic­tions, il pour­suit depuis 2004 aux édi­tions Champ Vallon un cycle roma­nesque dont le héros, Gabriel Lavoipierre, est une sorte de double fic­tion­nel. Dans Gaby et son maître (2013), voici Gaby devenu jeune homme, très affairé à son édu­ca­tion sen­ti­men­tale et pari­sienne. Dévoré d’admiration pour Lui, « le Touareg délo­ca­lisé », son « Maître » , alias Samuel Beckett, qu’il  croise chaque jour ou presque à la sta­tion Glacière. Mais com­ment oser abor­der dans les esca­liers du métro aérien celui dont si peu ont pu entendre la voix ? Un an de sus­pense et de savou­reuses digressions.

Extrait de Gaby et son maître :
avais tout lu, relu de lui, en savais par cœur des mor­ceaux entiers, met­tant ma voix dans la sienne, sa musique, sa chan­son, uni­ver­selles comme un bruit de feuilles, car quel chan­teur, musi­cien du vent c’était.
Je le consi­dé­rais comme mon maître, pour­tant ne fûmes en rien fami­liers. Autant l’avouer d’emblée et on pour­rait en res­ter là, mais mon, il faut pour­suivre, il faut conti­nuer, res­ter fidèle jusqu’à la fin à son ensei­gne­ment de la conti­nua­tion, jamais je ne lui par­lai. Et jamais, ça coule de source, il ne me répon­dit. Alors que, pen­dant envi­ron une année, l’occasion n’en avait pas man­qué. Par la topo­gra­phie de la capi­tale, nous étions presque voi­sins, en tout cas avions en com­mun l’habitude d’une sta­tion du métro­po­li­tain, merci en pas­sant au petit dieu Hasard chéri des Grecs et dans lequel je croyais. Ainsi, et sans le cher­cher, nous sommes-nous sou­vent croi­sés. Cependant, enta­mant cette rela­tion d’une affi­nité élec­tive à sens unique, jamais je ne me per­met­trai de l’appeler de son nom, très su de tout le monde et je me conten­te­rai de la troi­sième per­sonne du sin­gu­lier, employé désor­mais avec un majus­cule : Il. Ou bien, de temps en temps, dirai mon Instituteur pour chan­ger d’avec Maître, des capi­tales éga­le­ment. Mais pas de nom, sur­tout pas de nom ! Ce n’est pas la peine. Ce serait comme l’appel à la caserne, faire du bou­can dans un clai­ron criard et sur un tam­bour crevé.
Donc pen­dant une bonne année, il y en eut de pires, nous nous sommes vus avec régu­la­rité, j’en nar­re­rai plus. Quand il le fau­dra. Juste redire d’emblée qu’on ne se disait rien. Il gar­dait le silence, ça va de soi. Sacré gar­dien qu’il était, le meilleur du monde et de son époque, per­sonne ne lui arri­vait à la che­ville ni aux gants pour arrê­ter les mots, tel un goal kee­per les penal­ties tirés pleine lucarne aussi bien que ras de terre, les stop­per et relan­cer le jeu, à la main comme au pied. Pourtant ses sports, c’étaient le cri­cket et le rugby. Et ce talent incom­pa­rable de stop­peur de mots en fai­sait à mes yeux le plus grand des book­ma­kers de son temps. Mon Maître me lais­sait ainsi entre­voir, juste devi­ner comme tout bon péda­gogue, afin que j’aie ma part, c’était là une vraie leçon, que le laby­rinthe de la parole pou­vait être sec et droit. Sans être pour autant des­sé­ché. Moi, lamen­table Gabriel Lavoipierre dit Gaby en plus bref, qui avait tant de peine avec la ligne droite, le rac­courci, fatra­sies tou­jours prêtes à se déver­ser au dehors, moi qui ten­tais, avec quelle dif­fi­culté ! De la fer­mer bouche ouverte. Ou pire encore, de l’ouvrir la bouche fer­mée.
Gaby et son maître, p.7–10

RENCONTRES
Vendredi 11 avril – 14 h 30
Bibliothèque Centre-Ville
Samedi 12 avril – 16 h
Bibliothèque Centre-Ville
Dimanche 13 avril – 14 h
Petit Angle
SIGNATURE
Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
Gaby et son maître
Champ Vallon, 2013
Gaby gran­dit
Champ Vallon, 2011
Le Désespoir du peintre
Champ Vallon, 2009
La Guerre avec ma mère
Champ Vallon, 2006
L’Oubli de la nata­tion
Champ Vallon, 2004

One comment on “Arthur Bernard

  1. Gael LM

    Un per­son­nage pres­ti­gieux d’un côté (Samuel Beckett), un jeune homme crispé dans une admi­ra­tion béate de l’autre (Gaby). Il n’y a que peu de choses à ajou­ter. Arthur Bernard prend le parti de nous décrire les dif­fé­rents effets, sur la vie de Gaby, des ren­contres avec l’auteur irlan­dais. En un mot comme en cent, Gaby est une grou­pie. Il se décrit volon­tiers comme un indi­vidu loquace et, mal­heu­reu­se­ment, c’est le cas. Contrairement à son « maître », Gaby est tous sauf concis et le lec­teur se per­dra faci­le­ment dans une pluie de digres­sions aussi absurdes qu’inutiles. Si quelques idées semblent inté­res­santes, on déplo­rera la lour­deur avec laquelle elles sont ame­nées. Lourdeur qui fait de ce livre un véri­table défi à la lecture.

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